Laurent Ness fut l’un des précurseurs du kitesurf aux alentours de 1993, fondateur du premier shop et école de kite, Axel’Air dès 1997. Il nous décrit ici comment il est parvenu à faire évoluer sa pédagogie au sein de son école Kite Inside à Oléron, en travaillant notamment sur l’aspect matériel. Avec Laurent Ness dans Glassy Vol.1
Cette pédagogie 2.0 que je vais vous décrire est le fruit de recherches débutées vers 2000. Les plus anciens se souviennent que les premiers cours ont été dispensés à partir de 1997 sous des ailes Wipika 2 lignes dépourvues de bordé-choqué. C’était tendu. Puis les 4 lignes sont arrivées, mais l’efficacité du bordé-choqué était très symbolique. En 2005 sont apparues les premières ailes à boudins « plates » bridées sur le bord d’attaque. Ce depower a rendu plus confortable la navigation mais a paradoxalement compliqué l’apprentissage. Il fallait dorénavant gérer à la fois les trajectoires et la puissance de l’aile en dosant le bordé-choqué. Or la gestion de ces deux commandes est tout sauf intuitive pour des débutants. Sans parler de ceux qui se cramponnent à la barre.
Les ailes à caissons redécollables apparaissent dans les années 2000, mais leur utilisation en école se heurte à un peu plus de technicité au redécollage, et à moins de dépower que les nouveaux boudins plats. Des moniteurs curieux comme Mathieu Mechain sur Oléron commenceront malgré tout à défricher le terrain vers 2011.
Ailes à caissons vs ailes à boudins
Trois avantages se dégagent en faveur d’un apprentissage avec des ailes à caissons d’allongement faible à modéré :
1- Une aile à caisson reste contrôlable même choquée, tandis que les arrières d’une aile à boudins n’agissent peu ou plus du tout lorsque l’on choque totalement. Soit on a de la pilotabilité avec de la puissance, soit on perd la puissance mais aussi la pilotabilité de l’aile.
2- Les ailes à boudins génèrent beaucoup plus de puissance qu’un caisson en traversant le centre de fenêtre.
3- Les ailes à boudins sont trop lourdes pour le petits gabarits, elles finissent souvent à l’eau. En effet, un élève de 50 kg va utiliser une 8 ou 10 m2 dans 12 nœuds alors qu’un gabarit de 75 kg utilisera une 12 m2, plus stable en bord de fenêtre. C’est pire pour le redécollage car les corps légers n’opposent pas suffisamment de résistance.
Pourquoi les ailes à caissons n’ont pas percé avant
Hormis des cas particuliers comme la Flysurfer Viron ou les Concept’Air Wave confidentielles, les fabricants n’ont pas été motivés pour produire des caissons marins d’allongement modéré. Le kitefoil centré sur la Race pousse la R&D vers l’exact opposé. Peu croyaient que ce type d’ailes trouverait un public, mais la demande a finalement pris forme par un canal original. Des kitefoilers séduits par la stabilité des mono-peaux Flysurfer Peak dans les molles ont souhaité disposer de versions redécollables. Ce qui a donné naissance aux hybrides, telles que la Flysurfer Hybrid, feu la Gin Marabou puis l’Airwave Alma.
Redécollage et stabilité.
Oh surprise, le redécollage des Hybrides est contre toute attente plus simple et plus rapide que celui d’une aile à boudins. Entre 5 et 10 nœuds on tire les deux prélignes arrière en créant un différentiel entre elles. Lorsque la voile a pivoté on les relâche l’une après l’autre et la voile repart vers le haut. Dans plus de 12/13 kts, en particulier en-dessous de 9,5m2, il suffit de tirer simplement l’un des arrières. La stabilité en bord de fenêtre est sans commune mesure avec celle d’une aile à boudins. Ces ailes ne font jamais de frontales (bascule sur l’avant au zénith) !
Bilan de deux saison d’enseignement
Au terme de deux saisons, mes ailes à boudins n’avaient pas quitté une fois leurs sacs. A l’exception d’une monolatte 17 m2 pour le vent inférieur à 8/9 nœuds… dont les jours auraient été comptés si une hybrid2 était apparue en 15 ou 17 m2.
« Les bénéfices pédagogiques : le waterstart en moins de 3 essais »
Vous avez probablement connu l’effet «sachet de thé» pendant vos premiers waterstarts. Cette situation est souvent issue du manque de segmentation des apprentissages. S’entrainer sur la plage à faire des sandstarts dans le vent léger se révèle particulièrement bénéfique avant d’aller à l’eau, mais cet exercice présente des risques importants sous une aile à boudins. Les écoles enseignant en groupe de 4 élèves ou plus ne peuvent pas les assumer. Même à 2 stagiaires, comme dans mon école, cet exercice nécessite un focus à 100 % sur l’élève pour lui éviter de se faire éjecter. Les hybrides n’ayant pas ce kick brutal en cas de passage en centre de fenêtre, l’exercice est nettement plus sécurisant. Quand l’élève se met à l’eau, il ne lui reste plus qu’à apprendre à chausser les straps, le pilotage de l’aile étant déjà maîtrisé. Le résultat c’est 95 % des élèves qui réussissent leur premier waterstart en moins de 3 essais. Bon évidemment il y a un autre paramètre qui permet un tel résultat, c’est la planche utilisée.
Big Boards : 170 à 230 cm
Les planches plus grandes permettent également une segmentation pédagogique supplémentaire. Le waterstart est clairement séparé des phases suivantes qui consistent à mettre en charge le harnais et de prendre la carre. L’élève se lève en douceur sur la grande planche, sans couler ni déraper latéralement. Le maintien de la planche dans sa trajectoire est très intuitif. L’élève peut s’appuyer progressivement dans son harnais sans faire décrocher sa planche et sa vitesse augmentera progressivement sans perte de contrôle.
Remonter le vent en école dès les premiers bords
L’apprentissage du kitesurf passe traditionnellement par une phase de lutte pour remonter au vent et ne plus devoir marcher. Les voileux n’ont pas tant ce problème dans leurs disciplines, alors j’ai cherché comment supprimer cette dérive sous le vent qui fait perdre du temps et/ou du carburant. Mes recherches se sont rapidement portées sur la portance, grâce à un accroissement de la surface de la board en maintenant un coefficient CZ/CX (portance / trainée) acceptable. La trainée est à peu près l’équivalent de la glisse ressentie sur la board. La portance est la force qui nous maintient à la surface. Les Tikis et Alaias semblaient être de bons candidats, mais l’absence de straps et le jibe obligatoire les rendent incompatibles avec un usage école. Il fallait donc développer des twintips plus grands, capables d’offrir une prise de carre intuitive, sans roulis et stable en cap. Après pas mal de tâtonnements, la surface idéale pour 65 à 90 kg semble se situer entre 8 000 et 12 000 cm2. Contre 5 500 cm2 sur un TT de 145 x 42 cm. Pas tout à fait pareil n’est-ce pas ?
Les ailerons
Hélas, cette augmentation de surface de board augmente la trainée et détériore donc la glisse. Dans le vent médium et fort, ce défaut est en réalité une qualité en école, car la planche ne prend pas de vitesse excessive. Mais sous 12 kts, une bonne glisse permet de gagner rapidement de la vitesse afin de pouvoir caler sa voile. Pour limiter cette trainée dans le léger sans diminuer la surface, je me suis intéressé au rendement des ailerons de TT qui s’avèrent avoir un très mauvais CZ/CX. J’ai donc conçu de nouveaux ailerons à fort allongement, qui ont fait apparaître une nouvelle contrainte : la position reculée de l’aileron arrière créé un effet de levier sur la jambe qu’il a fallu rééquilibrer en avançant le centre de poussée. Cela aété réalisé grâce à l’ajout d’un aileron central symétrique sous la carre backside. Cet aileron assure aussi une excellente stabilité de cap et les ailerons toeside ont pu être supprimés suite à des tests montrant que le rendement CZ/CX des ailerons est meilleur sur la carre talon. Résultat : les élèves de 85 kg capables de s’appuyer dans le harnais naviguent quasiment tous au près à partir de 10 kts. Ils remontent au vent en école ! A partir de 12 nœuds tous les élèves peuvent caper. La correction par radio aboutit de surcroît à une nette diminution des chutes et donc de la dérive.
Vent léger et eau plate : coup-double
La prise en compte de la houle et du clapot est centrale dans l’apprentissage. A partir de 10/11 nœuds, le clapot gêne les gabarits légers. Les plus lourds l’écrasent un peu, mais au-dessus de 15 kts, l’état de surface du bassin tourne vite au chantier. Pouvoir exploiter les vents inférieurs à 11 kts est particulièrement intéressant puisqu’ils génèrent très peu de clapot. Et s’il venait à s’en former, les longs TT sont extrêmement stables et permettent de l’affronter bien plus facilement que les petits TT.
Un grand twin-tip en école et après?
Pour ceux qui pensent que les grands TT ne sont utiles que les premiers jours, ce sont d’excellentes planches de vent léger. Grâce à une capacité à remonter le vent même très léger, vous pourrez vous éloigner de la foule scotchée dans un couloir étroit car incapable de s’en extirper. Nombreux sont finalement les anciens élèves à les acquérir et les conserver pour le light, en dépit d’une connotation grande planche = planche de débutant et de la concurrence du foil pour les plus avancés. Ceci explique qu’on en trouve très peu d’occasion. Un custom commence à 750 €, mais il est de meilleure qualité et vu sa rareté, sa cote de revente restera intéressante. En attendant que ces planches atteignent la même acceptation sociale que les Tikis, peut-être des shops-écoles ou loueurs penseront-t-ils un jour à en proposer en location ou leasing ? (Voir aussi notre tuto Tiki NDR)
Laurent Ness enseigne à l’école Kite Inside de Oléron
BIG BOARDS : LES PLUS
Navigue avec moins de vent / Waterstart / Prise de carre facilitée / Lacet maitrisé / Stabilité dans le clapot même important
LES MOINS
Pas de modèle de série >170 cm / Encombrement et poids plus élevés / Inadaptée aux manœuvres radicales / Connotation grande planche = débutant
Dimensions recommandées par gabarit
35 à 50 kg : 6 500 / 7 500 cm2
160 x 45 à 170 x 50 cm
Plusieurs modèles de série
50 à 75 kg : 8 000 / 9 000 cm2
195 x 45 cm à 200 x 50 cm
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75 à 95 kg : 9 000 /1 0 000 cm2
205 x 50 cm à 210 x 55 cm
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95 à 120 kg : 11 000 / 12000 cm2
230 x 57 cm
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